Comment écrire de la Fantasy et de la Science-Fiction par le maître Orson Scott Card

Vous avez envie d’avoir des conseils d’écriture afin de répondre aux attentes de votre lectorat tout en racontant votre histoire, ce livre est fait pour vous.

Ce que je retiens de cette lecture en conseils d’écriture en quelques lignes pour vous faire une idée.

Écrit par un maître du genre, à travers des analyses d’exemples et une méthode : améliorer vos récits afin de répondre aux attentes du lectorat en tenant compte des contraintes d’écriture.

L’objet: c’est un Livre Technique aux éditions Bragelonne (page officielle) écrit par le maître Orson Scott Card (entre autres la Stratégie Ender, voir sa page Wikipedia). 

C’est un livre sorti aux US dans les années 90 pour un contexte américain et qui a été traduit en français avec une mise à jour (adaptation) en 2006.

Une partie reste dépassée (celle sur le mode et réseau de publications) mais cela permet de se rappeler de cette période (et je pense que cela peut donner des idées de principe avec le monde actuel).

Les conseils de création font totalement sens et ont le mérite d’être rassemblés et bien agencés avec des exemples et des références concrètes. Cela permet de prendre quelques instants pour étudier les œuvres citées (soit leur concept, soit un paragraphe) ce que nous devrions faire naturellement lors de la lecture d’une œuvre (pour comprendre comment elles sont réalisées).

Cover du livre d'Orson Scott Card sur Comment Ecrire de la Fantasy et de la SF

Orson SC le précise plusieurs fois dans le livre, ses conseils/règles etc ne sont pas des dogmes et peuvent être transgressés, mais avec risque et péril si c’est mal fait.

C’est un livre à lire mais que j’emprunterais à la médiathèque au besoin.

Si je devais garder deux conseils : 

  • Régler les questions de l’univers (même si n’est pas décrit dans l’histoire) pour assurer la cohérence (des enjeux, conséquences…)
  • Connaître le thème de l’histoire (quotient MIPE) et savoir ce qui amène à celle-ci et qui continuera au-delà

Enfin, il faut écrire, réécrire, prendre le temps, les années au besoin mais à un moment, il faut se lancer, quelles que soient les conséquences, on apprend et on avance.

“Vous devez avoir la volonté de tout changer pendant la phase de création”

Ma revue se focalise sur ce qui m’a marqué mais je vais balayer les différents chapitres pour se donner une vision de l’ensemble.

Le premier chapitre concerne le système de publication : ce que publient les éditeurs, leurs catégories et donc le public associé ou ciblé. Écrire pour atteindre son public ; celui-ci a un attendu défini par les boîtes (catégories) où sont rangés les auteurs / autrices. 

Le dernier chapitre concerne la vie d’auteur/autrice, si l’on souhaite vivre de cette activité. Cela aborde les conseils pour et comment envoyer ces propositions de textes (tenir compte de l’époque d’écriture) mais aussi la notion de finance et d’organisation de sa vie privée. En effet, il faut anticiper ses besoins financiers car c’est une vie avec une irrégularité des flux d’entrée. Le chapitre aborde aussi les conseils pour s’améliorer à l’écriture (les cours, les groupes…).

Une mention spéciale sur le rôle du “Lecteur Avisé”, cette personne efficace, capable de relire vos écrits et de consécutivement vous orienter ou questionner pour améliorer le résultat. Merci à ces personnes, souvent de l’ombre, qui sont au cœur du succès.

Entre ce premier chapitre et le dernier, nous allons voir les conseils d’écriture.

Avant de se lancer dans l’écriture de son histoire, il y a des idées.

Il faut prendre le temps de se questionner sur les idées ayant conduit à l’histoire. Comment ont-elles pris forme ? 

Cela revient à se poser des questions : le pourquoi, quels enjeux et quelles conséquences. Le terme « enjeu » est très important dans le livre, il conduit à prendre la mesure de ce qui se passe dans l’histoire et donc ce que l’on doit chercher à écrire. Cela concerne à la fois la réaction du monde et celle des personnages.

La particularité de la SF (ou de la Fantasy) même si le sujet n’est pas abordé dans le texte que l’auteur souhaite écrire est que celui-ci doit avoir résolu certaines questions/règles permettant la crédibilité et la cohérence de l’univers qui conduisent aux enjeux pour les personnages.

Voici les questions/règles de l’univers (je vais essayer de proposer des exemples différents de ceux donnés dans le livre)

Le mode de déplacement (entre les planètes, dans les galaxies..), le type de vaisseau associé à ce mode de déplacement et le mode de communication. Par exemple, dans le film Passengers, une arche qui met 120 ans pour atteindre sa destination subit une avarie et un passager est réveillé 90 ans trop tôt. Être sur une planète qui peut être atteinte en quelques minutes versus des années, ne présente pas le même enjeu pour le personnage pris dans l’aventure. Lorsque nous écrivons, il faut en tenir compte sur sa psyché et sur les réactions autour. 

Les extraterrestres, les planètes et l’histoire du monde. Il faut connaître l’évolution du monde en ayant défini le type de planète (et donc les contraintes physiques qui peuvent exister) et avec, la cohérence sur les « extraterrestres ». Attention au langage extraterrestre, c’est un piège possible. Quand le narrateur raconte, selon que son point de vue soit familier avec la civilisation ou étranger, il doit y avoir une cohérence. Tout le monde ne peut pas inventer des langues comme Tolkien pour que cela ait un vrai sens dans l’histoire.

Pour la Fantasy, une grande question à régler reste la Magie (d’où elle vient, comment elle est utilisée et ses conséquences). 


La biographie du personnage. Ce qui l’a conduit à cet instant de l’histoire et donc comment il peut réagir. Là aussi, c’est pour là cohérence et les enjeux. Quand Luke prend conscience que Darth Vader est son père lors de la confrontation dans la Cité des nuages sur Bespin, il aurait pu réagir très différemment selon le passé qu’il aurait pu avoir s’il n’avait pas été élevé par cette famille aimante sur Tatooine ni par les rencontres faites en amont de cette confrontation.

“Vous devez avoir la volonté de tout changer pendant la phase de création”

La construction d’un récit riche et profond crée une attente qui embarque le lectorat.

 Il faut bien se poser la question de quoi parle l’histoire. Ce qui est différent de se demander qui est le héros, le protagoniste ou le personnage principal de votre histoire. 

Pour répondre à cette question : “qui est le personnage principal” de l’histoire, il faut se poser les deux questions:

  • qui a le plus mal
  • qui a le pouvoir et la liberté d’agir.

Il faut aussi se demander qui le lectorat espère voir réussir, et cela défini le protagoniste.

Là aussi, il faut de la cohérence pour l’histoire. 

Par exemple, Darth Vader, dans un contexte “réaliste”, quelle est la chance qu’un haut gradé à ce rang pilote un tie fighter pour protéger l’étoile noire ? Mais c’est ce que nous voulons voir.

Enfin, la question “pourquoi suis-je en train de lire cela ?” Cette question introduit le personnage de point de vue, la personne qui raconte l’histoire. Le lectorat voit à travers ses yeux, il sait les mêmes choses.

  • Il doit assister aux principaux évènements
  • Il est activement impliqué
  • Il doit avoir quelque chose à perdre à l’issue de l’histoire même si le résultat dépend du personnage principal

Une fois tous ces points abordés, c’est l’Histoire. Celle-ci a un début et une fin qui se passent avant et après ce que nous racontons dans le récit. Il faut donc définir : 

  • ce qui a amené à l’histoire que l’on va raconter
  • ce qui ira au-delà de cette histoire

Comment structurer l’histoire, Orson propose son outil: le quotient MIPE.

Voici deux sites qui en parlent, les 4 types d’histoire et les 5 éléments de l’alchimie romanesque. Un des objectifs de cet outil est de savoir sur lequel de ces éléments l’histoire se focalise. C’est l’élément central qui déclenche à la fois des attentes du lectorat et des contraintes d’écriture.

M comme Milieu :

L’histoire se focalise sur l’environnement à découvrir.

  • montrer l’environnement
  • raconter la surprise sur les différences rencontrées

Il y a une attente lors de l’arrivée dans ce milieu et aussi lors du départ de ce milieu (un exemple serait le sujet d’un voyage où ce qui compte ce sont les lieux et l’impact sur les personnages)

I comme Idée :

L’histoire parle du processus qui mène à la découverte d’informations

  • commencer l’histoire par la question. 
  • A la fin de l’histoire, il faut la réponse

Pas de prologue inutile sinon l’attente du lectorat sera différente. (un exemple, c’est une enquête, attention au point de vue du personnage qui est utilisé pour raconter)

P comme Personnage :

  • L’histoire raconte la transformation du personnage entre le début et la fin de celle-ci
  • Démarrer l’histoire en montrant le moment de bascule qui annonce la volonté ou la nécessité de changer

Un exemple, est-ce que Matrix rentre dans ce type d’histoire où Néo va changer (entre le message du lapin blanc et le final…) ?

E comme Événement :

  • Quelque chose va mal dans le tissu de l’univers
  • A la fin de l’histoire, un nouvel état est atteint ou un état est restauré

Éviter un prologue qui donne trop de détails sur le monde. Un exemple serait Valérian et la Cité des mille planètes, non ?

Il faut faire attention à ne pas se tromper sur le choix de l’élément central de l’histoire, pour cela deux conseils:

  • Le temps d’écriture consacré à cet élément dans le récit.
  • Dans le cas des histoires basées sur “Idée”, la question doit être simple et ce n’est pas le lectorat qui cherche la réponse mais le personnage.

Dans le chapitre consacré à l’écriture, voici les deux grands conseils partagés.

L’exposition :

Il faut savoir équilibrer, en SF, il y a des choses naturelles pour les personnages mais inhabituelles pour le lectorat.

  • savoir utiliser le suspens (pour ne pas noyer le lectorat avec trop d’infos, celui-ci peut attendre le moment opportun pour avoir l’explication)
  • savoir insinuer, et là, attention à la bonne utilisation des métaphores, analogies ou comparaison.
    • Au début d’une histoire SF, il faut éviter les métaphores car ce qui est différent dans l’univers, l’est “réellement”.
    • Les analogies doivent être cohérentes et pertinentes pour le personnage et non pour le lectorat. 

La clef de l’exposition est de savoir susciter la curiosité, pour cela, les pensées et les actions du personnage sont à privilégier.

Le langage :

Ne pas utiliser un langage exagérément soutenu ou argotique.

Dans le cas d’une position élevée, un langage élevé est attendu. Dans le cas d’une position basse, c’est un langage ordinaire.

Le langage de narration devrait bien s’accorder au langage des dialogues. Les jurons ou vulgarité devraient prêter à vigilance quant à leur excès et la cohérence de l’univers. De plus, cela peut heurter le lectorat et le personnage (dans ce cas, une réaction en proportion est attendue).

Voilà donc un livre à lire, peut-être pas à acheter, et surtout qui donne envie d’analyser nos lectures et d’écrire à notre tour !

Merci à Maître Orson Scott Card d’avoir pris le temps d’écrire ce livre. Merci pour ce quotient MIPE et les bons conseils

  • Définir l’élément central qui déclenche à la fois des attentes du lectorat et des contraintes d’écriture
  • Régler les questions de l’univers (même si n’est pas décrit dans l’histoire) pour assurer la cohérence (des enjeux, conséquences…)
  • Connaître le thème de l’histoire (quotient MIPE) et savoir ce qui amène à celle-ci et qui continuera au-delà
  • Définir qui est le personnage principal, le protagoniste ou le personnage de point de vue

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